Je me rends compte aujourd’hui qu’il existe un véritable fil rouge entre mes différents parcours.
Mon parcours de femme.
De maman.
D’infirmière.
De coprésidente d’association.
Et aujourd’hui, d’accompagnante des femmes au sein de L’Essence Originelle.
Ce fil rouge pourrait tenir en quelques mots :
Rendre visible l’invisible.
C’est le nom que nous avons choisi pour notre projet au Budget Citoyen avec l’association Atoutatypie.
Mais en y réfléchissant, cette expression m’accompagne depuis bien plus longtemps…
Dans mon parcours personnel, il y a eu le burn-out.
Ce mal invisible que ceux qui nous entourent ont parfois tant de difficultés à comprendre.
Il y a eu aussi la douleur physique et émotionnelle des fausses couches.
Le deuil.
Les ruptures.
Ces passages de vie où tout peut s’effondrer à l’intérieur alors que, vu de l’extérieur, la vie semble continuer normalement.
Parce que beaucoup de nos blessures sont invisibles.
Elles se vivent à l’intérieur.
Et pourtant, il faut souvent continuer.
Travailler.
S’occuper des enfants.
Gérer le quotidien.
Répondre aux sollicitations.
Alors parfois, nous mettons un masque.
On nous demande :
« Ça va ? »
Et presque automatiquement, nous répondons :
« Oui, ça va. »
Alors qu'à l'intérieur, parfois, nous sommes épuisées, dévastées ou en perte totale de repères.
Je trouve que notre société a peu à peu perdu quelque chose de profondément humain :
le « prendre soin de ».
Pas le « ça va ? » lancé machinalement auquel on répond tout aussi machinalement « oui ».
Mais le véritable :
« Comment vas-tu ? »
Celui qui laisse suffisamment d’espace et de temps pour que l’autre puisse répondre :
« En fait… non. Je ne vais pas bien. »
Sans avoir honte.
Sans devoir se justifier.
Sans avoir immédiatement besoin de trouver une solution.
Parfois, nous avons simplement besoin d’un endroit où déposer ce qui est devenu trop lourd à porter seule.
Ce « prendre soin de », je l’ai longtemps vécu dans mon métier d’infirmière.
Aujourd’hui, mon métier a changé.
Mais lorsque je regarde mon parcours, je comprends que l’essentiel, lui, n’a peut-être jamais vraiment changé.
J’exerce simplement ce « prendre soin » autrement.
À travers mon engagement associatif, mais aussi dans les consultations et les accompagnements que je propose aux femmes au sein de L’Essence Originelle.
J’écoute.
J’accueille.
J’aiguille lorsque cela est nécessaire.
Et surtout, j'essaie d'offrir un espace où l'on peut déposer ce que l'on porte parfois depuis trop longtemps.
Ce que l'on n'ose pas dire.
Une fatigue profonde.
Une maternité difficile.
Un deuil.
Une fausse couche.
Un burn-out.
Une rupture.
Une période de vie où l'on ne sait tout simplement plus très bien où l'on en est.
Et parfois, pouvoir enfin prononcer :
« Je ne vais pas bien. »
Je crois que c'est aussi cela qui donne aujourd'hui du sens à ma place de Doula de l'âme et Gardienne des passages.
Accompagner ces moments où quelque chose se termine, se transforme ou cherche à renaître.
Sans jugement.
Sans demander à la femme de « passer à autre chose ».
Sans lui imposer ce qu'elle devrait ressentir.
Mais en lui offrant un espace pour être entendue dans ce qu'elle traverse réellement.
Finalement, mon métier a changé de forme au fil des années…
Mais au fond, quelque chose est resté : prendre soin de l'humain.
Rendre visible ce qui ne se voit pas.
Mettre des mots sur ce qui se vit à l'intérieur.
Et permettre, peut-être, à une femme de ne plus avoir à répondre « ça va » lorsqu'au fond d'elle…
ça ne va pas. ????